Hommage à Antoine Fauchery, premier photo-journaliste français en Australie

Hommage à Antoine Fauchery, Australie, par Marc Jérusalmi

Antoine Fauchery, premier photographe et écrivain français ayant résidé dans le Victoria, Australie.

Par Marc Jérusalmi

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« Lettres d’un Mineur en Australie », Australie, France

Le premier livre autobiographique écrit par un français qui ait réellement vécu en Australie entre 1852 et 1860 fut publié par Antoine Fauchery en 1857 à Paris, aux éditions Poulet-Malassis De Broise (la même année que les « Fleurs du mal » de Charles Baudelaire, et chez le même éditeur parisien).

Le titre en était : « Lettres d’un Mineur en Australie » et le manuscrit fut rédigé entre le printemps 1856 et le printemps 1857 avant que Antoine Fauchery ne reparte pour la Chine et l’Inde, et ne retourne en Australie pour la seconde fois avec l’un des meilleurs appareils photographiques de l’époque.

Car Antoine Fauchery était ouvrier et chercheur d’or, journaliste au Moniteur Universel, photographe indépendant, dessinateur et graveur de surcroît. En 1857, il se lia d’amitié avec Richard Daintree, un géologue anglais avec lequel il travailla à nouveau dans bon nombre de mines d’or du Victoria et dans toutes sortes de commerces de la ville naissante de Melbourne.

Antoine Fauchery créa la première librairie franco-australienne à Melbourne et expliqua à Richard Daintree tous les secrets de la photographie que Nadar lui avaient appris à Paris. En échange, Daintree lui apprit la perspective, le souci du détail et la capacité d’un photographe à se fondre dans un groupe et dans un décor.

Antoine Fauchery et Richard Daintree se lancèrent dans mille aventures exceptionnelles dans les mines d’or et les campagnes victoriennes, et ils réalisèrent des photographies superbes, dont la première photographie victorienne d’un enfant aborigène par Antoine Fauchery et des photographies de scènes aborigènes intimes ou tribales fort belles.

Puis, tous deux commercialisèrent à Melbourne leurs premiers almanachs photographiques du Victoria, des éditions limitées sous verre, appelées techniquement « stéréomonoscopes », et des reportages miniers pour les premières revues victoriennes de 1858 intitulées « The Illustrated Melbourne News », avant d’être sollicités par la bourgeoisie locale afin d’effectuer des portraits de notables australiens et photographier les endroits renommés de la ville, telles que la Banque d’Extrême-Orient de Melbourne.

Grâce à Théodore de Blanville, célèbre journaliste, poète et critique parisien de l’époque, Antoine Fauchery eut également l’occasion d’aller effectuer une mission d’exploration scientifique et d’étude naturelle au Japon, au profit de l’Etat français et de la Société des Gens de Lettres. Il fut accompagné de son épouse et pensa rapidement revenir en Australie. Malheureusement, Fauchery mourut des fièvres au Japon en 1861, peu de temps après que son épouse ne succombât la première.

La collection photographique Fauchery-Daintree est aujourd’hui placée sous le protectorat de la Librairie Nationale du Victoria et a été classée comme « patrimoine culturel imprescriptible de l’Etat du Victoria et de la Fédération Australienne ».

Le livre « Lettres d’un Mineur en Australie » fut traduit du français à l’anglais en 1963 par A.R. Chisholm, professeur émérite de français à l’Université de Melbourne, sous le patronage de la Librairie Nationale du Victoria.

Le livre australien, publié aux éditions Georgian House de Melbourne en 1965, porte donc le titre de « Letters from a Miner in Australia » et est précédé de la traduction d’une lettre chaleureuse que Théodore de Blanville, sans doute le premier homme de lettres de l’époque à avoir discerné les talents de Fauchery, avait envoyé à leur éditeur commun Poulet-Malassis.

Il reste aujourd’hui quelques exemplaires de l’édition australienne disponibles dans les librairies d’œuvres anciennes. J’ai ainsi réussi à me procurer « Letters from a Miner in Australia » chez Haymes.

Par contre, le livre original, en français, est très difficile à se procurer. Il s’agit d’une perle rare, ô combien précieuse. J’ai eu accès à quelques copies archivées du texte original imprimé. C’est là que j’ai découvert à quel point les intellectuels français de l’époque avaient rêvé d’imiter Antoine Fauchery et que leurs articles du Moniteur Universel et autres revues de l’époque avaient rendu un hommage sincère au « voyageur australien qui nous a fait rêver ».

Marc Jérusalmi

Article publié en 2003, 2010 et 2016.